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La bisexualité existe!
C’est la conclusion d’une étude menée par l’université Northwestern de l’Illinois qui démontre, hors de tout doute, qu’il existe bel et bien des hommes attirés par les deux sexes. Voici la publication officielle de l’étude (en anglais) : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21763395.
À l’inverse, une précédente étude menée en 2005, également par l’université Northwestern, concluait alors que les bisexuels n’étaient en fait que des homosexuels « dans le placard ».
En quoi cette étude a-t-elle consisté? Comment a-t-on pu arriver à deux conclusions aussi diamétralement opposées?
La principale différence entre les deux études réside dans le mode de sélection des participants : En 2005, les sujets ont été choisis sur la base d’un questionnaire dans lequel on leur demandait simplement leur orientation sexuelle (hétéro, homo, bi). Les critères de sélection de la nouvelle étude étaient par contre beaucoup plus drastiques. Pour être sélectionnés, les participants devaient :
- Déjà avoir eu des relations sexuelles avec au moins deux hommes et deux femmes;
- Avoir vécu une relation amoureuse d’au moins trois mois avec un homme;
- Avoir vécu une relation amoureuse d’au moins trois mois avec une femme.
Ensuite, l’étude a consisté, comme celle de 2005, à faire visionner des vidéos d'hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres d'hommes et de femmes ayant des relations sexuelles avec d'autres femmes. Pendant ce temps, on mesurait leur excitation.
Mais alors que les résultats de 2005 n'avaient pas permis d'arriver à une conclusion satisfaisante, la nouvelle étude a montré que les bisexuels répondaient favorablement aux vidéos masculines et féminines, contrairement aux gays et aux hétéros.
Ceci pourrait sembler être une bonne nouvelle : la reconnaissance de notre orientation sexuelle! Au contraire, nous voyons dans cette étude plusieurs zones d’ombre qui soulèvent de nombreuses interrogations :
- Les femmes ont été purement et simplement écartées de cette étude. Comment faut-il l’interpréter?
- Le mode de sélection des sujets de l’étude a mis l’emphase sur des personnes qui sont exactement au centre de l’échelle de Kinsey. C’était sans doute le meilleur moyen de parvenir à la conclusion que la bisexualité existe. Par contre, Faut-il conclure qu’une personne ayant « une prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuelle », ou le contraire, ne constituait pas un sujet d’étude valable?
- Les personnes qui en 2005 avaient coché la case « Bisexuel », et qui ne correspondent pas aux critères de la nouvelle étude, doivent-ils conclure qu’ils ne sont peut-être pas bisexuels alors qu’ils s’identifiaient comme tel 6 ans plus tôt?
- Les vidéos xxx destinées aux hétérosexuels offrent de plus en plus des scènes de lesbianisme commercial. D’ailleurs, le triolisme « un homme avec deux femmes » est le fantasme le plus répandu chez les hommes. Comment peut-on alors conclure que les sujets qui ont manifesté de l’excitation à la vue de ces scènes sont des hommes bisexuels?
- Par ailleurs, on fait ici totalement abstraction de la dimension amoureuse. On se contente de mesurer l’excitation sexuelle – comprendre l’érection – des sujets étudiés.
- Fallait-il absolument mener ces deux études? Cela ne répond-il pas au besoin de nos sociétés hétéro-normées de calmer leurs angoisses, en catégorisant les gens, les « rangeant dans des boites », et surtout en identifiant clairement – scientifiquement – ceux qui sont différents?
- Qu’advient-il alors de tous ceux qui n’ont pas le « bonheur » de correspondre à ces stéréotypes? Dans quelle boite vont-ils être « rangés »?
- Ne peut-on au contraire se fier à ce que nous vivons, pensons ou ressentons individuellement et décider pour nous-mêmes de notre orientation sexuelle?